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L'épuisante quête de l'idéal maternel
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bonnes feuilles

L'épuisante quête de l'idéal maternel

Axelle Trillard dans "Au secours, je me noie!", aux éditions du Rocher, s'applique à raconter l'épuisement physique et psychologique qu'engendre souvent la maternité et décrypte les signes avant-coureurs du burn-out maternel. Extrait 1/2.

Axelle Trillard

Axelle Trillard

Ancienne journaliste, formée en philosophie et en psychologie, aujourd'hui coach certifiée, Axelle Trillard a fondé la structure « Ailes de Maman» (www.coaching-ailesdemaman. net). Mère de six enfants, elle accompagne les femmes dans leur être-mère, cherchant avec elles comment se ressourcer au long cours. Elle est également écoutante pour l'Association Agapa qui vient en aide aux femmes souffrant d'un deuil périnatal, et participe au blog des Fabuleuses au Foyer.

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Sans le savoir, la mère est donc entrée dans cette maladie de la maternité où elle a préféré se brûler les ailes plutôt que de renoncer à son idéal de mère parfaite. Poursuivant ce but irréaliste et alors que l’échec s’annonce – je ne suis pas et ne serai jamais une «mère idéale» –, la femme, après avoir usé et abusé de ses forces, préfère se «tuer à la tâche» plutôt qu’abandonner son rêve de grandeur maternelle.

Son idéal maternel? Donner sans compter et, même parfois, se sacrifier pour son petit. Mais elle se confronte à la réalité enfantine et rien ne se passe comme prévu. Nous voilà donc en face d’une femme qui refuse de faire le deuil de cette perfection maternelle tout en se croyant une source intarissable. Le tout sur fond de perfectionnisme féminin. Exigeante avec elle-même, elle vise très haut, trop haut. Toujours plus, jamais assez, la mère n’est jamais contente d’elle!

Claire, la nouvelle mamie, explique: «Elle s’en colle toujours plus sur la tête. Des confitures, des petits plats, toujours plus et elle n’y arrive jamais. Y a toujours un truc qu’elle n’a pas fait. Elle se fixe des objectifs inatteignables.» Je dirais donc – en m’appuyant sur Freudenberger – que le burnout maternel est la maladie de l’âme féminine en deuil de son idéal de mère, sous trois versants. Premier versant: celui de la mère qui s’épuise à poursuivre son rêve de grandeur plutôt que de renoncer, de se plier au réel et de reconnaître ses limites. Deuxième versant: celui de la mère qui s’épuise à donner, donner, donner et à être indépendante, plutôt que de se ressourcer et de recevoir de l’aide. Troisième versant: celui de la mère qui s’épuise à idolâtrer ses enfants et à se sacrifier pour eux sur l’autel de la maternité, plutôt que de renoncer à sa passion maternelle et de couper le cordon. Maladie de la toute-puissance et du refus de la dépendance, il s’agit donc bien de s’effondrer plutôt que de renoncer.

Entendre les premiers symptômes reste évidemment la meilleure façon d’enrayer le processus. « Si vous croyez être sur le point de craquer, ne soyez pas effrayée. Identifier la cause de votre malaise, c’est déjà l’avoir vaincu à moitié», prévient Freudenberger . Se croire sur le point de craquer, c’est commencer à se reconnaître limitée et à renoncer à une maternité idéale. Puisque les candidates au burn-out, elles, se croient toutes-puissantes, la lucidité est évidemment la meilleure façon d’éviter de sombrer. Faire l’autruche ne sert à rien. Et pourtant c’est une attitude très répandue en début de burn-out! «Entraînées dans les remous d’une frénésie émotive qui les mène à l’épuisement, les femmes réagissent d’abord par l’entêtement, considérant ces symptômes comme un “adversaire à terrasser” », explique encore le psychiatre. Elles ont la volonté de triompher en se surpassant… On connaît la suite. Refuser les messages envoyés par son corps est, à long terme, un bien mauvais calcul.

Blandine, assistante de direction, en arrêt maladie, qui s’est effondrée avec deux enfants en bas âge, raconte: «J’ai puisé, puisé, puisé, j’étais à fond, je n’ai pas voulu entendre ce que je pressentais, j’ai tout donné, et voilà le résultat!» La plus grande difficulté vient de la honte que la mère éprouve à se voir dans cet état et à ne pas réussir à tout mener de front. Je pense à cette maman de deux enfants, arrêtée pour burn-out: «Attention, personne n’est au courant, me dit-elle, et je ne veux absolument pas que cela se sache.» Et elle ajoute: «Les professionnels de la santé rencontrés souhaitaient tous me mettre au repos mais je leur ai tenu tête car, bien que consciente de mon état, le sentiment de culpabilité était le plus fort.» Mais Sophie Marinopoulos l’affirme: «Le tabou, comme les convictions, est un poison, une entrave au vrai progrès3 .» Et à la guérison. Pourtant, dès le départ, le processus peut être renversé, et une prise de conscience claire et précoce est un puissant antidote contre l’épuisement.

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