"L'Avare" de Molière : Les tourments d’une âme économe | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"L'Avare" de Molière est à retrouver au Théâtre des Variétés à Paris.
"L'Avare" de Molière est à retrouver au Théâtre des Variétés à Paris.
©

Atlanti-Culture

"L'Avare" de Molière : Les tourments d’une âme économe

"L'Avare" de Molière est à retrouver au Théâtre des Variétés à Paris.

Jean-Pierre Hané

Jean-Pierre Hané

Jean-Pierre Hané est chroniqueur pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

Voir la bio »

"L'Avare" de Molière

Mise en scène : Daniel Bénoin

Avec : Michel Boujenah / Sophie Gourdin / Bruno Andrieux / Mélissa Prat / Mathieu Métral / Fanny Valette / Antonin Chalon / Paul Chariéras / Fabien Houssaye / Julien Nacache

INFOS & RÉSERVATION

Théâtre des Variétés

7 Boulevard Montmartre

75002 PARIS

01 42 33 09 92

https://www.theatre-des-varietes.fr/

Jusqu'au 15 mai 2022, du mercredi au samedi à 20H30 Le dimanche à 17H

Notre recommandation : BON 

THÈME

Harpagon, vieil homme veuf et avare de surcroît est dévoré par la soupçon que tout un chacun en veut à ses biens. Obsédé par l’idée de perdre, il réduit toute chose à portion congrue et impose une discipline ascétique à toute sa maisonnée. 

Mais aujourd’hui, il est amoureux, et cet état le conduit à décider du bien de ses enfants pour pouvoir faire place nette à ses désirs. Il les veut bien mariés, contre leur gré et, bien sûr, tout à son avantage. 

C’est sans compter sans la fougue et l’industrie d’une jeunesse qui veut vivre malgré tout. Harpagon en sera pour ses frais !

POINTS FORTS

Le texte de Molière toujours aussi vivant, vivace ne souffrant aucune ride, et il est servi par une scénographie séduisante.

Un talentueux Michel Boujenah, tout à la fois enfantin et bilieux, nous surprend quand il est gagné par l’émotion et nous offre l’étendue de son talent, notamment dans une très belle scène entre le père et le fils, au cours de laquelle Michel Boujenah déploie tout son talent dans la retenue et la douleur. Il y a chez ce comédien une générosité de jeu sans afféterie qui nous tient, un sens de la rupture et un plaisir de dire le texte qui est savoureux. Beaucoup de sincérité aussi dans le jeu d’Antonin Chalon qui nous propose un Cléante d’une fragilité touchante, teintée d’amour filial et de révolte.

QUELQUES RÉSERVES

Une débauche d’effets de lumière qui n’apportent rien à la pièce, une direction d’acteurs trop souvent excessive et bien peu explicite, et une mise en scène didactique, illustrative et parfois hors du propos, qui au prétexte d’une certaine modernité, détourne l’écoute du spectateur.

Bref, on en vient à se demander pourquoi certains metteurs en scène ont besoin à ce point de se faire remarquer par leurs « inventions » ou leurs « trouvailles ». Il n’y a qu’à se laisser conduire par l’auteur et faire confiance au talent de ses comédiens. À trop imposer d’idées, on s’échappe du propos qui nous égare plus qu’il ne nous fédère. Cela manque d’unité dans la construction dramaturgique, le metteur en scène oscille entre un drame et une comédie farcesque sans jamais prendre une direction claire. Il y a dans cette lecture de L’avare une succession de tableaux inégaux et de situations contradictoires, quand elles ne sont pas absurdes. Les bonnes idées rivalisent avec les moins judicieuses. La répétition excessive d’ouverture des portes centrales, le dernier tableau de la révélation, une porte coulissante qui ne ferme à clé que pour Harpagon… Des détails pour certains ?  Mais à trop en montrer ...

ENCORE UN MOT...

On peut être partagé sur ce spectacle, voire rester sur ma faim : en effet, la pièce est bien là, restituée sans trahison. Tous les comédiens se donnent sans compter – certes - une énergie déborde du plateau, le public est content et rit… mais cette adaptation était avare de surprises et d’étonnements.

UNE PHRASE

VALERE : « Quand on a besoin des hommes, il faut bien s'ajuster à eux, et puisqu'on ne saurait les gagner que par là, ce n'est pas la faute de ceux qui flattent, mais de ceux qui veulent être flattés. Et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler lorsqu'on l'assaisonne en louange. »

HARPAGON : »Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix. »

CLÉANTE: « Je vous demande pardon, mon père, de l'emportement que j'ai fait paraître. »

HARPAGON: « Cela n'est rien. »

CLÉANTE: « Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde. »

HARPAGON: « Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable. »

CLÉANTE: « Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute ! »

HARPAGON: « On oublie aisément les fautes des enfants, lorsqu'ils rentrent dans leur devoir. »

HARPAGON : « De l’argent, de l’argent, de l’argent ! Ah ! Ils n’ont que ce mot à la bouche ! De l’argent ! Toujours de l’argent ! »

L'AUTEUR

Il y a quatre cents ans naissait Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, qui allait donner au théâtre français sa liberté de ton, son audace et sa fougue. Maintes fois imité, il a donné le goût du théâtre et s’il est un auteur qui fait consensus c’est bien lui. 

Molière constitue le mètre-étalon du génie théâtral français aux yeux du monde entier. On peut être fier de lui. Joyeux anniversaire, Monsieur Molière !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !