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Friedl Gaertner, agent double britannique, nom de code "GÉLATINE"
©Renée Anne Nat / AFP

Bonnes feuilles

Friedl Gaertner, agent double britannique, nom de code "GÉLATINE"

Henry Hemming dans "Nom de code : M" publié aux éditions Mareuil révèle pour la première fois, le nom et l’histoire de ces hommes et femmes qui, sous l’égide de M, prirent tous les risques en infiltrant les organisations politiques les plus dangereuses de l’époque. Jusqu’ici, leurs identités étaient restées secrètes. Extrait 2/2.

Henry Hemming

Henry Hemming

Henry Hemming est journaliste, il collabore à The Economist, au Sunday Times et au Washington Post. Il est l'auteur de livres références comme Churchill's Iceman.

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Le 23 août 1939, le diplomate nazi Joachim von Ribbentrop, un homme surnommé « Von Brickendrop » par la presse britannique, du fait de ses gaffes à des événements diplomatiques, lâcha une bombe d’un type très différent. Quelques jours après que les négociations aient échoué concernant une possible alliance militaire entre la Grande-Bretagne, la France et l’URSS, l’homme qui avait par le passé invité Guy Liddell, du MI5, à Berlin, s’envola vers Moscou pour signer ce qu’on appela par la suite le pacte Molotov – Ribbentrop, un accord entre Hitler et Staline entérinant la non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique, et, en secret, la division de la Pologne entre ces deux pays. C’était moins d’un an après les accords de Munich. Le communisme était à présent allié au fascisme. Dans les chamailleries politiques entre droite et gauche, conflit axiomatique de l’époque, les deux équipes adverses venaient d’accepter de tirer dans la même direction. C’était tout aussi absurde que terrifiant. Le plus grand obstacle à l’expansion territoriale allemande venait d’être levé, tout à coup, et il semblait à présent que ce n’était plus qu’une question de temps avant que la guerre n’éclate.

Tout comme lors de la crise de Munich, moins d’un an plus tôt, des piles de sable commencèrent à apparaître au coin des rues londoniennes pour venir remplir des sacs de sable ou éteindre des feux qui se déclareraient après des bombardements. De plus en plus d’hommes portaient un uniforme. Il y avait plus de masques à gaz, plus de casques et plus de baïonnettes. Des faisceaux lumineux commencèrent à balayer le ciel nocturne de la capitale. Le personnel des musées mit à l’abri ses trésors bien-aimés, de nombreux Londoniens prévoyaient de partir. C’était le chant du cygne. Comme l’écrivit Virginia Woolf, on avait « l’impression d’attendre le verdict du médecin » . On trouvait autant d’effervescence dans les bureaux de la Section M à Dolphin Square. Plus tôt dans l’été, M avait enfin été capable d’ajouter deux officiers à son unité. L’un d’eux était Jimmy Dickson, le fonctionnaire qui avait été, pendant les quinze dernières années, l’agent le plus fiable de M. À présent, il dirigerait lui aussi des agents. L’autre ajout était le beau-fils de Dennis Wheatley, ami de M et célèbre romancier. Il s’appelait Bill Younger, et venait de terminer sa licence à Oxford, où il avait effectué quelques missions pour M. Comme la plupart des agents de M, Younger avait connu une enfance difficile, la poliomyélite ayant freiné sa croissance, le laissant avec un bras atrophié ; il perpétuait aussi la tradition de M de travailler avec des auteurs. Dickson avait produit cinq romans à suspense avant de rejoindre la Section M, alors que Younger, qui n’avait que vingt-deux ans, avait déjà publié deux recueils de poésie. Dans les heures qui suivirent l’annonce du pacte Molotov – Ribbentrop, M, Dickson et Younger, les trois officiers de la section M, étaient submergés de renseignements. Le meilleur provenait de Friedl Gaertner, la belle divorcée, qui avait rapporté que la veille de la signature du pacte, Hitler et Staline avaient décidé en secret de se partager la Pologne, et que Londres ne serait pas rasée par la Luftwaffe au début de la guerre. 

Elle avait raison. Tout en effectuant ce que M décrivait comme « de l’excellent travail en lien avec les organisations allemandes de ce pays », Gaertner avait gagné la confiance du Parti nazi de Londres, à un degré tel qu’on lui avait demandé à peu près à cette période de devenir espionne pour l’Abwehr, le service de renseignement militaire allemand. C’était précisément ce qu’espérait M quand il l’avait recrutée à peine un an plus tôt. Cela marquait le début de la carrière de Friedl Gaertner comme agent double britannique, nom de code « GÉLATINE ».

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