Double peine génétique : pourquoi les migraineux ont aussi très souvent mal au ventre (et devraient se réjouir de cette découverte scientifique) | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Double peine génétique : pourquoi les migraineux ont aussi très souvent mal au ventre (et devraient se réjouir de cette découverte scientifique)
©REUTERS/Ho New

Jus de crâne

Double peine génétique : pourquoi les migraineux ont aussi très souvent mal au ventre (et devraient se réjouir de cette découverte scientifique)

On estime que la migraine touche 20% de la population générale, soit 11 millions de personnes en France. Un nouveau gène commun aux troubles gastriques et migraineux vient d'être découvert, confirmant les origines biologiques de cette affection et suscitant de nouveaux espoirs de traitement. Bien qu'une composante génétique ait été soupçonnée depuis très longtemps, seules des formes rares de migraine ont, jusque-là, été associées à l'expression de gènes.

Tobias Kurth

Tobias Kurth

Tobias Kurth est directeur de recherche à l'unité Inserm 708 "Neuroépidémiologie".

Voir la bio »

Atlantico : Un nouvelle recherche (voir ici) a démontré que les problèmes gastriques avaient un gène commun avec la migraine. Est-ce un fait que vous avez déjà pu constater lors de vos consultations ? 

Tobias Kurth : Oui, c'est en effet très courant et très connu des spécialistes de la migraine que des patients migraineux souffrent aussi souvent de troubles gastro-intestinaux, et ce mécanisme marche aussi dans l'autre sens.

Les symptômes communs de troubles gastro-intestinaux incluent des douleurs abdominales ou des crampes, une sensation de ballonnement, des gaz et de la diarrhée, ou la constipation. La migraine est une variété de maux de tête récurrents, caractérisée par une forte intensité des douleurs et la survenue fréquente d'autres symptômes tels que des nausées et/ou une sensibilité à la lumière et au bruit.

La découverte de ce nouveau gène commun aux problèmes gastriques et à la migraine est-elle une avancée scientifique importante ?

Oui, c'est une étude intéressante pour la recherche sur la migraine. Les mécanismes de la migraine restent mal compris et ses causes sous-jacentes difficiles à cerner. L'identification de ce dénominateur génétique commun entre les troubles migraineux et gastriques permet d'éclairer les origines biologiques de cette affection fréquente et invalidante. C'est une preuve de plus que la migraine n'est pas seulement due à des facteurs environnementaux, mais aussi à des facteurs génétiques. Par exemple, la migraine touche 3 à 4 fois plus souvent les femmes que les hommes. Il y a aussi des familles où la migraine se transmet de génération en génération, et d'autres où personne n'en souffre.

C'est aussi une découverte particulièrement intéressante parce qu'elle associe un gène à deux maladies, donc donne à long terme la possibilité de concevoir un médicament à la fois efficace contre les troubles gastriques et la migraine en même temps.

Y a-t-il d'autres gènes identifiés comme responsables de la migraine ?

Avec mon équipe de recherche , grâce à l'analyse des données génétiques de plus de 23 000 femmes qui ont participé à l'étude "Women’s Genome Health Study", dont plus de 5 000 migraineuses, nous avons identifié des associations entre la migraine et des variants de trois gènes : TRPM8, LRP1 et PRDM16. Ces associations génétiques ont été confirmées par l'analyse des données de trois études européennes indépendantes incluant des hommes et des femmes.

Parmi ces trois gènes, deux gènes sont clairement associés à la migraine: d'une part, le gène TRPM8, exprimé dans les neurones, dont le rôle a été mis en évidence dans la sensibilité au froid et la douleur (une des composantes de la migraine), et d'autre part, le gène LRP1, exprimé dans tout le corps, qui interagit dans le système nerveux avec d'autres protéines qui modulent la transmission de signaux entre les neurones. Le 3e gène, PRDM16, semble jouer un rôle aussi bien dans la migraine que dans les autres maux de têtes.

En tout, une vingtaine de marqueurs génétiques ont jusqu'ici été identifiés.

Cette découverte va-t-elle avoir des conséquences directes pour les patients ?

Non pas directement, car cette étude est encore complètement dans la recherche, pas dans l'élaboration d'un médicament. Il peut se passer 10 ans entre la découverte d'un gène et la fabrication et la commercialisation d'un médicament. Les résultats de cette recherche sont très intéressants, mais ils ne sont qu'une toute petite pièce apportée à la compréhension du mystère de la migraine. L'effet de ce marqueur génétique est, de plus, très petit, donc difficilement traitable.

Mais elle encourage la communauté scientifique à mener des études qui permettraient d'expliquer les contributions précises de ces gènes car cette pathologie pourrait être due à la perturbation de voies de signalisation communes aux différentes formes de migraines.

Pourquoi fait-on encore de la recherche sur la migraine ? Les médicaments utilisés ne sont-ils pas assez efficaces pour soulager les migraineux ?

Si, il y a des médicaments très efficaces pour faire passer la douleur et aussi pour prévenir l'arrivée d'une migraine. Mais ils ont encore beaucoup d'effets secondaires, et surtout ils ne font qu'apaiser la douleur ; ils ne font pas disparaitre la migraine en tant que telle. Aujourd'hui, un migraineux restera un migraineux, et ce même s'il est traité.

Quels sont les facteurs environnementaux susceptibles de déclencher une migraine ?

  • Des stimulations sensorielles : forte chaleur, lumière intense, bruit important, changement de temps, odeurs fortes ;
  • Certains aliments : chocolat, plats gras ou en sauce, boissons alcoolisées, café ;
  • Des facteurs hormonaux : règles, prise de la pilule, rapports sexuels ;
  • Des facteurs psychologiques : anxiété, contrariété, stress, conflit au travail, conflit familial ;
  • Le mode de vie : surmenage, week-end, changement de rythme, jeun, excès ou manque de sommeil.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !