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Comment la photographie met en valeur les peaux blanches.
Comment la photographie met en valeur les peaux blanches.
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Comment les pellicules ont été optimisées pour photographier et filmer les Blancs

La photographie en couleurs de Kodak a été calibrée à partir de la photo d'une femme blanche qui porte une robe blanche, des gants noirs et est entourée par des coussins des trois couleurs primaires.

Et si le principe de la photo était raciste ? De nombreuses études ont prouvé qu'il semble du moins discriminant envers les personnes à la peau noire. Dans le milieu du cinéma, notamment, de nombreuses critiques ont été émises comme celle de Jean-Luc Godard. Et sa réflexion ne date pas d'hier. En effet, le réalisateur français a refusé de faire un film au Mozambique arguant que la pellicule Kodak, le Kodachrome, utilisée était "raciste".

Le Britannique Steve McQueen confirme cet état de fait au Washington Post. Le réalisateur a raconté lors de l'avant-première à Toronto de son film 12 years a slave : "Je me souviens des images de Sidney Poitier quand j'étais petit. Il transpirait au côté de Rod Steiger dans le film Dans la chaleur de la nuit, et de toute évidence il fait très chaud dans le Sud. Mais il transpirait surtout parce qu'il y avait des tonnes de lumière projetée sur lui, parce que la pellicule n'était pas assez sensible pour la peau noire".

Dans le même article, un professeur en cinéma à l'université d'Howard (Missouri) Montré Aza Missouri, se souvient que l'un de ses instructeurs à Londres leur disait : "Si vous vous trouviez dans la 'situation malheureuse' de la prise de vue sur le 'continent noir', et si vous filmez les personnes à la peau foncée, alors vous devrez frotter de la vaseline sur leur peau afin de refléter la lumière. Il n'a jamais été question de remettre en cause la technologie." Il explique ce que lui fait aujourd'hui dans ses classes à Howard : "Je parle à mes étudiants sur l'idée que les outils utilisés pour faire des films, la science de l'informatique, ne sont pas racialement neutre. "

Mais, c'est bien la technique de Kodak elle-même qui est pointée du doigt. En effet, au moment de développer les films en couleur. La photographie en couleurs a été calibrée à partir de la photo d'une femme blanche, Shirley, qui porte une robe blanche, des gants noirs et est entourée par des coussins des trois couleurs primaires. Ensuite, les Shirely cards ont été créées pour régler les appareils photos.

Ainsi, les autres couleurs n'apparaissent pas de manière fidèle par rapport à la réalité puisque la peau blanche est utilisée comme base. Mais, comme le prouve un article de Jezebel, les problèmes techniques n'excusent pas tout et si la personne choisie est blanche pour servir de base aux réglages des appareils photo c'est avant tout un choix conscient de la part des photographes.

Le journal The Guardian, évoque, lui, les photos de deux artistes, Adam Broomberg et Oliver Chanarin, basés à Londres. Ils ont passé des mois en Afrique du Sud et leur travail tend à démontrer que Polaroïd aurait servi au régime de l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid. Et Broomberg d'expliquer "si vous prenez en photo un enfant blanc à côté d'une enfant noir, ce dernier va disparaître, sauf ses dents et le blanc de ses yeux."

Ce n'est que lorsque les deux plus gros clients de Kodak - les industries de la confiserie et de meubles - se sont plaints que le chocolat noir et de meubles sombres disparaissaient dans les clichés que l'entreprise a trouvé une solution. Les artistes sont certains que la caméra ID-2 et son bouton boost étaient la réponse de Polaroid aux besoins très spécifiques de l'Afrique du Sud, comme l'explique Broomberg : "La peau noire absorbe 42% de plus de lumière. Le bouton augmente le flash d'exactement 42%". Il conclut donc : "Cela me fait croire qu'il a été conçu à cet effet."

Dans les années 1990, les "Shirley cards" ont été actualisées avec trois femmes de trois "couleurs" différentes (une Asiatique, une Européene et une Africaine), mais le numérique commençait déjà à prendre de l'ampleur et elles ont donc été peu utilisées. Voici une publicité des années 1990 qui montre la nouvelle politique de Kodak avec sa campagne "Show your true colours" qui montre une famille de personnes noires :

Même aujourd'hui, à l'heure de Photoshop, des procédés sont utilisés pour "blanchir" les peaux noires sans savoir ce qui motive les publicitaires et les éditeurs de presse. On peut effectivement observer une différence comme sur ces deux photos de l'actrice Lupita Nyong'o qui a reçu l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour le personnage de Patsey dans 12 Years A Slave. Celle de droite, publiée dans le magazine Vanity Faire la montre plus claire et n'a pas manqué de faire réagir sur Twitter :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lu sur Priceonmics

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