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Leçon belge

Croissance : faut-il vraiment un pilote dans l’avion ?

Le pays européen avec la plus belle croissance ? La Belgique. Le plat pays affiche 0,7% au deuxième trimestre 2011 contre 0% pour la France... alors même que le royaume est privé de véritable gouvernement depuis quinze mois .

Comparaison n’est pas raison certes mais comparaison peut apporter des éclairages à la raison. Ainsi la France avec un gouvernement qui entend lutter contre la crise par un activisme économique redoublé a vu son PIB stagner au second trimestre 2011. De son côté la Belgique privée de gouvernement depuis quinze mois connaît un taux de croissance de 0,7 % sur la même période. Il est vraisemblable que plusieurs facteurs structurels et conjoncturels contribuent à cette différence de croissance entre les deux pays sur la période considérée. Il est très possible aussi que le différentiel de croissance entre la France et la Belgique se réduise à terme. Toutefois, ce constat devrait nous amener à questionner un quelques axiomes fondant l’action politique et économique de la France depuis des décennies. Ils semblent irréfragables tellement ils sont partagés. Et pourtant …

Le premier de ces axiomes est que la prospérité d’un peuple est proportionnelle à son poids sur la scène internationale. En cela nos gouvernants républicains s’inscrivent dans la lignée des rois de France. Les tenants de cet axiome pervasif ne regardent en réalité que le PIB global alors que la seule mesure qui compte pour un citoyen est le PIB par habitant. Et force est alors de constater qu’il n’existe aucune corrélation entre PIB par habitant et puissance politique. Les citoyens les plus riches du monde vivent au contraire dans les plus petits Etats, y compris ceux dépourvus de toutes ressources naturelles (Luxembourg, Danemark, Pays-Bas, Autriche etc.).

Le second axiome est moins anecdotique et mérite un débat de fond qu’il est urgent d’ouvrir, à savoir l’efficacité des politiques de relance. En l’absence de gouvernement, l’Etat Belge se contente d’expédier les affaires courantes. Il n’a donc pas mis en œuvre de plan de relance. Pourtant, la Belgique semble traverser la crise moins mal que d’autres pays engageant des plans de relance massifs. Tous ces plans sont inspirés par la pensée keynésienne. Nos élites adorent Keynes. Outre le fait que nos grandes écoles n’ont guère au programme que Marx et Keynes dans le domaine économique, ils y trouvent, lorsqu’au pouvoir, une parfaite justification de leur interventionnisme permanent dans l’activité des agents économiques. Le New Deal est leur Graal même si, objectivement, le New Deal a été incapable de relancer l’économie américaine des années 30. Plus prés de nous, l’Etat Fédéral américain et la FED  ont injectés 1 850 milliards de dollars dans l’économie américaine depuis 2008 pour créer 500 milliards de dollars d’augmentation de PIB. Ce record de destruction de richesse sera difficile à surpasser dans l’histoire. Mais qu’à cela ne tienne assènent les tenants de la théorie, cette « relance » monétaire a permis d’éviter le pire. A voir. La campagne pour l’élection présidentielle devrait être l’occasion d’un vrai débat sur l’efficacité de la dépense publique dans la crise actuelle.

Nous aimons nous moquer un peu des Belges. Ils le prennent bien car ils ont une qualité rare : l’autodérision. Et voilà peut-être ce que nous devrions vraiment apprendre des Belges : abandonner nos certitudes idéologiques, avoir un regard sur nous-mêmes moins empreint de cette vanité qui nous convainc que nos modèles sont indépassables nonobstant leur échec. Nous devrions aussi comme nos amis Belges, être moins respectueux du pouvoir. Nous vivons pour alimenter ce pouvoir en espérant qu’il nous alimentera en retour. Il est devenu une fin en soi, notre drogue. Hors de lui point de salut. Or celui-ci devrait accepter de reconnaître ses erreurs et notamment que chaque citoyen a une idée plus claire que lui sur le bon usage de son argent. Peut-être que la Belgique nous montre que la sortie de la crise passe par un Etat plus humble.

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