"Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" de Simone Pieranni : à lire avec recul, pour savoir ce qui nous menace | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Simone Pieranni a publié "Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" chez C&F Editions.
Simone Pieranni a publié "Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" chez C&F Editions.
©

Atlanti Culture

"Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" de Simone Pieranni : à lire avec recul, pour savoir ce qui nous menace

Simone Pieranni a publié "Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" chez C&F Editions.

Jean-Pierre Chamoux pour Culture-Tops

Jean-Pierre Chamoux pour Culture-Tops

Jean-Pierre Chamoux est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.
Voir la bio »

"Red Mirror, l'avenir s'écrit en Chine" de Simone Pieranni 

Traduit de l'italien par Fausto Guidice & assorti d'un reportage photographique original de Gilles Sabrié - C & F éditions, Caen, 2021 - 184 pages -. 25 € version papier, 9 € en numérique

Recommandation

A la rigueurA la rigueur

Thème

Cet ouvrage condensé est instructif si l'on sait lire entre ses lignes. Il aborde quatre thèmes qui sont au cœur de la société chinoise actuelle : l'omni-présence du réseau social Wechat qui encadre et qui accompagne la vie quotidienne de la plupart des chinois (chap. 1); le projet politique qui conçoit et qui organise les « villes intelligentes » très denses où s'entassent les travailleurs venus des campagnes pour fournir à l'usine du monde la main d'oeuvre qu'il lui faut (chap. 2); l'industrie qui planifie et fournit à la Planète entière les équipements, les infrastructures et les services indispensables à l'ère du numérique (chap. 3) ; et enfin (chap. 4) : l'avènement d'une cité collectiviste et d'une ingénierie sociale qui évoquent l'utopique prison panoptique des frères Jeremy & Samuel Bentham (1791), encadrée par un crédit social conçu et géré par le parti communiste chinois.

Largement dévoilé par la propagande chinoise depuis quelques années, ce système de bons et mauvais points devrait assurer, dit l'auteur, non seulement la cohésion de la Chine moderne, mais l'aider à dominer le monde contemporain (chap. 5). Ses tenants et aboutissants se découvrent à chaque page de ce récit qui présente cette surveillance sociale comme prolongeant une pratique millénaire : la baojia, l'encadrement communautaire des familles, souvent méconnue par les occidentaux, qui n'était, au fond, que le prédécesseur médiéval du crédit social actuel (p. 144).

Théorisée en 1957 par Mao dans la section IV de son « Petit livre rouge », la dialectique entre l'ordre et le chaos aurait donc sa source dans la Chine impériale !

Points forts

Combinant le récit et l'image, les deux auteurs de cet essai, Pieranni et Sabrié,  nous livrent à la fois :

– un exposé séducteur qui propose d'interpréter ce qui se passe aujourd'hui en Chine comme fondé dans l'histoire mythique de ce pays lointain ;

– et une collection de photographies documentaires qui illustrent ce récit avec des clichés légendés, pris sur le vif des trottoirs et des lieux où vit la population urbaine chinoise!

Soulignons aussi une très bonne traduction. 

Points faibles

On est cependant en droit de regretter que cet ouvrage témoigne d'une belle indulgence envers les intentions et les agissements de la puissance publique chinoise, surtout lorsqu'il évoque des faits politiques que l'auteur condamnerait vivement s'ils les relevaient dans un pays occidental (p.ex. la politique de Pékin dans la province du Xinyang p. 59 sq.) ; corrélativement, il use de force litotes pour situer et finalement pour admettre le système behavioriste du crédit social qui traite les hommes comme des « chiens de Pavlov » que l'autorité politique piloterait à sa guise, au grand dam d'individus conscients comme les étudiants de Hong Kong qui n'ont plus désormais d'autre choix que de se soumettre ou de se rebeller et d'en payer le prix fort dans les deux cas (p. 134 sq. par ex.) !

En deux mots ...

Si l'avenir qui s'écrit en Chine, comme l'annonce l'auteur, poursuit effectivement une tradition millénaire chinoise, il est important que les occidentaux qui n'en sont pas conscients découvrent, avant qu'ils leur soient imposés, l'esprit et le sens caché de cet avenir qui risque de les décevoir ! Lu avec attention et de l'esprit critique, ce petit livre devrait les dessiller !

Un extrait

- « En Chine, le smartphone, c'est Wechat. Et Wechat sait tout sur tout le monde !» (p.12)

- « Interview donnée par un jeune couple à un journal national ... (ces) jeunes ont admis qu'il ne peuvent pas avoir d'enfant parce qu'en rentrant du travail, ils sont trop fatigués pour faire l'amour ! » (p74)

- « Le système de crédit social ... c'est l'Etat qui juge tous les citoyens. La Chine ne veut pas seulement réglementer les personnes, mais aussi l'environnement dans lequel elles vivent » ! (p. 143 )

L'auteur

Journaliste au quotidien italien Il Manifesto créé en 1969 par des dissidents du PCI, Simone Pieranni a vécu sept ans en Chine et créé sur place l'agence China Files. Le photographe Gilles Sabrié vit à Pékin ; ses reportages-photographiques illustrent de grands quotidiens (Le Monde, The Guardian, Wall Street Journal …) et des magazines de référence internationale (Time, Geo, Spiegel, L'expresso etc.).

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !