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Le dilemme libyen : intervenir et aggraver les choses, ou ne rien faire et laisser les choses s’aggraver…
©Flickr

Moins pire

Le dilemme libyen : intervenir et aggraver les choses, ou ne rien faire et laisser les choses s’aggraver…

Les bombardements contre les positions de l'Etat islamique n'empêchent pas, pour l'instant, les avancées djihadistes. Les Etats-Unis envisagent même d'autres voies que la réponse militaire. Dans les deux cas, les perspectives restent sombres.

Frédéric Encel

Frédéric Encel

Frédéric Encel est Docteur HDR en géopolitique, maître de conférences à Sciences-Po Paris, Grand prix de la Société de Géographie et membre du Comité de rédaction d'Hérodote, l'auteur a fondé et anime chaque année les Rencontres internationales géopolitiques de Trouville-sur-Mer dont la 5è édition se tiendra  les 26-27 septembre 2020 sur le thème "Mémoire et géopolitique". Il vient de publier Les 100 Mots de la  guerre, coll. Que Sais-Je? (PUF).  

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Atlantico : A l'image du massacre des 21 Égyptiens coptes, l'Etat islamique est de plus en plus présent en Libye. Quelle stratégie adopter pour contrer cette montée des djihadistes ? Faut-il continuer à bombarder leurs positions comme le fait actuellement l'Egypte et comme cela a été fait en Syrie ou faut-il chercher une réponse non-militaire comme l'a proposé le président américain Barack Obama ?

Frédéric Encel : D'abord, je ne suis pas convaincu que la prise de décision égyptienne de bombarder des cibles islamistes en Libye soit prioritairement liée à cet assassinat collectif. Le maréchal Al-Sissi joue à fond la carte du retour en puissance de l'Egypte dans la région, après trois décennies Moubarak de relégation relative. On le voit bien non seulement à travers ses discours, mais aussi dans l'achat de la flotte aérienne de combat française ou encore avec le durcissement du blocus du sud de la bande de Gaza. Or ce retour en puissance doit aussi s'exercer notamment chez le turbulent voisin, ne serait-ce que pour tenter d'éviter une contagion islamiste. En second plan derrière ces considérations stratégiques, oui, sans doute le président égyptien a-t-il souhaité également montrer sa solidarité avec les Coptes, qui représentent tout de même plus de 10% de sa population, et des alliés fidèles face aux Frères musulmans.  

Lire aussi : Combattre le terrorisme avec des stratégies non militaires, le difficile défi que se donne Barack Obama (surtout quand il ne sait pas nommer son ennemi)

La Libye n'abrite-t-elle que des poches d'extrémistes radicaux ou l'Etat islamique y-est-il déjà bien établi comme en Syrie ou en Irak ?

Vous savez, face à des fanatiques dogmatiques, il est difficile de négocier. Car après tout, négocier quoi ? Sa conversion lorsqu'on n'est pas musulman ? L'adhésion à leur salafisme absolu lorsqu'on est "seulement" musulman ? L'abandon des frontières ou de son pouvoir quand on est président égyptien ou syrien, afin de permettre l'extension d'un crypto-califat ici totalitaire, là génocidaire ? Cela ne me semble pas sérieux, car outre leurs attitudes excessivement violentes, les barbares qui dirigent l'Etat islamique (EI, ou Daesh) ne présentent pas un corpus de revendications crédibles. 

Quant à Obama, depuis son recul consternant derrière sa propre "ligne rouge" en Syrie, en août et septembre 2013 dans la crise des gaz de combat, sa crédibilité géopolitique est sérieusement écornée. J'ajoute qu'en fin de second mandat et sans majorité au Sénat, il est largement démonétisé. De toute façon, il ne propose pas de pourparlers avec l'EI et poursuit ses campagnes de frappes aériennes sur Daesh.

Quel(s) enjeu(x) représente la Libye tant pour l'Etat islamique que pour la coalition ?

Des réseaux ont fait allégeance à l'EI en Libye en effet, mais pas seulement ; au Yémen aussi et peut-être déjà dans d'autres Etats, en Afrique sahélienne et subsaharienne notamment. Disons qu'une Libye travaillée par les djihadistes de l'EI, cela implique une déstabilisation durable non seulement de ce pays mais du Sahel tout entier, ainsi que des risques de conflit avec l'Egypte voire l'Algérie voisines. La Tunisie et le Tchad sont aussi touchés. Cela dit, les priorités stratégiques de la coalition internationale demeurent le bloc Nord Irak/Est Syrie, car il s'agit su QG de l'EI et le théâtre des combats les plus violents avec les Kurdes et loyalistes syriens, mais aussi au vu de la proximité des frontières iranienne, saoudienne et jordanienne. A présent, prenez une carte géographique et démographique, et constatez que l'Egypte est la charnière arabe entre la Libye effondrée à l'ouest et le Machrek en ébullition à l'est... 

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