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Oublier ce qu'on était venu faire dans une pièce, un phénomène qui continue d'interroger les neuroscientifiques.
Oublier ce qu'on était venu faire dans une pièce, un phénomène qui continue d'interroger les neuroscientifiques.
©Fred TANNEAU / AFP

"Doorway effect"

Si vous arrivez dans une pièce et que vous avez oublié ce que vous veniez y chercher, les scientifiques ont une nouvelle explication

En étant focalisés sur nos pensées, il peut nous arriver d'oublier ce que nous étions venus faire dans une pièce. Le concept du "doorway effect" explique que le passage d'une porte entre deux pièces y est sûrement pour quelque chose. Une nouvelle étude apporte d'autres explications.

Christophe Rodo

Christophe Rodo

Christophe Rodo est neuroscientifique et vulgarisateur avec le podcast "La Tête Dans Le Cerveau".

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Atlantico : Le "doorway effect", qui nous fait oublier ce qu’on était venu faire dans une pièce, tend à nous montrer que c’est le passage de la porte qui pourrait avoir un effet sur notre mémoire. Comment a-t-il été démontré ?

Christophe Rodo : Dans toutes les études qui s'intéressent au "doorway effect", le principe pour le participant est de mémoriser un objet, de la placer dans une boîte fermée et de le transporter ailleurs : soit dans un autre endroit de la même pièce, soit dans une autre pièce, en franchissant une porte. Ensuite, on teste la mémoire du participant en lui demandant ce qu’il y avait dans la boîte. En fait, on présente une couleur (ou une forme) et le participant doit répondre si oui ou non cela correspond à son objet. Les chercheurs ont montré que de manière générale, en passant par une porte (contrairement au fait de rester dans la même pièce), on a plus tendance à faire des erreurs ou à mettre plus de temps à répondre. On s’est donc dit que la porte pouvait avoir son importance.

Une nouvelle étude complexifie l’approche et montre que la porte n’est pas le seul élément de réponse. Que nous apprennent les chercheurs ?

Cette étude comporte quatre expériences.

La première expérience, reproduite en réalité virtuelle, est à peu près la même que celle décrite plus haut. Pourtant cette fois, les chercheurs ne retrouvent pas ce "doorway effect". Pourquoi ? Sans doute parce que les deux pièces séparées par une porte étaient des environnements extrêmement semblables. Cela montre que lorsqu'on va d'une pièce à une autre pièce identique, le "doorway effect" ne se produit pas.

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La seconde expérience est similaire sauf que pendant que le participant déplace son objet, les chercheurs lui soumettent une tâche dite d'interférence, en l'occurrence un calcul mental. Cette fois-ci, ils se sont aperçus que le "doorway effect" réapparaissait, alors même que les pièces étaient toujours identiques. Cela montre que le "doorway effect" semble dépendre de notre mémoire de travail. C’est la même chose lorsque dans la vraie vie, on se met à penser à autre chose que ce qu’on était venu chercher dans la pièce.

Les expériences 3 et 4 se passent dans le monde réel, contrairement aux précédentes qui immergaient les participants dans un univers de réalité virtuelle. Dans l'une, les participants regardent passivement une vidéo. Dans l'autre, le participant se déplace lui-même dans le monde réel. Dans ces deux expériences, on s’aperçoit que le "doorway effect" disparaît à nouveau. En réalité, c'est peut-être parce que les chercheurs n'ont pas évalué la mémoire de la même façon qu'habituellement. Là, on a présenté aux participants un certain nombre d'objets présents pendant l'expérience et on leurs a demandé de les réorganiser dans l'ordre des objets déplacés. D'un côté, on est sur une reconnaissance par familiarité, de l'autre on est sur une reconnaissance par souvenir. Ces deux expériences disent aussi que le "doorway effect" dépend de comment on interroge la mémoire.

Que peut-on en conclure sur cet effet de porte ? Existe-t-il vraiment ?

L’étude ne détruit pas le "doorway effect" mais permet de mieux comprendre ce qu’il est et dans quelle mesure il s'applique plus ou moins aux individus. En tout cas, l'étude vient désacraliser l’effet magique de la porte. Peut-être qu’il faudrait trouver un autre nom au "doorway effect". En effet, ce n’est pas tant la porte en elle-même qui est importante mais le fait qu’elle représente une séparation entre deux pièces différentes. C'est ce changement d’environnement qui va surcharger notre mémoire de travail (à très court terme) et provoquer l’oubli. Ces résultats sont intéressants mais doivent encore être confirmés par d'autres études.

Propos recueillis par François Blanchard

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