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Christian Gollier : “Si la France double sa vitesse de vaccination du mois de mars, 30 000 morts pourraient être évités d’ici la fin 2021”
©LOIC VENANCE / AFP

Il faut accélérer

Christian Gollier : “Si la France double sa vitesse de vaccination du mois de mars, 30 000 morts pourraient être évités d’ici la fin 2021”

Dans sa dernière étude, Christian Gollier analyse l'impact de la lenteur de la campagne de vaccination en Europe occidentale.

Christian Gollier

Christian Gollier

Christian Gollier est économiste à la Toulouse School of Economics et co-auteur des 4e et 5e rapports du GIEC.

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Atlantico.fr : Alors que l’Europe fait face à une troisième vague d’infections à la Covid-19, et que la propagation des variants anglais et brésiliens la menace d’une situation plus dangereuse que celles des première et deuxièmes vagues, la stratégie de “Stop and Go” choisie par la France et de nombreux pays européens semble montrer ses limites. La campagne de vaccination est-elle la seule porte de sortie pour ces pays ? Est-elle à la hauteur de l’enjeu ? 

Christian Gollier : L’alternative aurait été un confinement fort de la même intensité que celui du printemps 2020, qui aurait été assez problématique socialement et politiquement ; la vaccination est donc une porte de sortie qui arrive à point, il faut bien comprendre que le variant anglais est un variant extrêmement contagieux, avec un taux de transmission bien plus élevé et qui s’est diffusé bien plus rapidement avant d’avoir la campagne de vaccination et de resserrement du confinement que nous connaissons maintenant. Quant à savoir si la campagne de vaccination est à la hauteur, on peut bien entendu rêver d’une campagne plus rapide et plus efficace comme les anglais, les étasuniens et les israéliens ont pu le faire, si on avait pu le faire d’autant plus rapidement que ce qu’on fait actuellement, on n’aurait pas dû reconfiner comme depuis quinze jours. Maintenant, heureusement que l’on a une campagne de vaccination car autrement la situation aurait été bien plus dramatique aujourd’hui que si l’on n’avait pas réussi à vacciner l’essentiel, les 16% de la population parmi les plus vulnérables aujourd’hui. Si l’on n’avait pas fait cela, nous aurions des taux de mortalité considérables, si on en croit les chiffres de mortalité du fait du variant anglais disponibles dans la littérature scientifique. 

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Quels aspects constituant la politique de vaccination sont selon vous les plus important et qu’est-ce qu’une mauvaise gestion de ces éléments porterait comme risque pour la situation sanitaire française ?

Tout ce qui peut accélérer la campagne est bon à prendre. En utilisant mes calculs et les modèles épidémiologiques classiques et en y intégrant des modules de science économique pour évaluer le coût économique de la pandémie et des confinements, tout report de la campagne vaccinale a un coût colossal. Suspendre par exemple la compagne de vaccination telle qu’elle est faite aujourd’hui pourrait coûter en France 1500 morts supplémentaires ainsi que 8 milliards d’euros de pertes économiques consécutives à la nécessité de confiner les gens car la vaccination n’est pas assez rapide. S’il y a parfois des bénéfices à suspendre une vaccination -lorsqu’on a des doutes sur l’efficacité ou innocuité d’un vaccin par exemple- , j’étais assez impressionné de voir que l’on mettait dans la balance quelques morts liées à des thromboses de personnes qui se sont faites vacciner, sans jamais parler des personnes qui vont mourir du coronavirus parce qu’on a suspendu la campagne de vaccination. 

Un autre type de mauvaise allocation est de ne pas cibler la campagne sur des personnes qui sont vulnérables. Les demandes spécifiques des enseignants du primaire et du secondaire, par exemple, si j’en comprends la nature car on demande là à des fonctionnaires de prendre des risques pour sauver une génération entière d’enfants qui ont besoin de se former intellectuellement dans les écoles, compenser ce risque en leur disant qu’on va les vacciner alors que la plupart d’entre eux a moins de quarante ans et des risques extrêmement faibles de mourir en cas d’infection, c’est dévier une capacité vaccinale vers des gens qui n’ont pas beaucoup de risque de mourir, et réduire l’accès de ce vaccin à des personnes vulnérables et âgées. C’est un risque qui diminue petit à petit car la majorité des personnes âgées et vulnérable est maintenant vaccinée, mais néanmoins aujourd’hui encore, réserver des vaccins à des gens qui n’ont pas de risques importants de décéder ou d’être hospitalisés en cas d’infection, c’est réduire l’efficacité de la campagne vaccinale, l’obligation de prolonger la durée du confinement actuel, et c’est un cadeau fait à une catégorie de la population qui le mérite peut-être, mais qui a un coût certain en termes de nombre de morts à la fin de la pandémie : peut-être vaudrait-il mieux penser à leur offrir une prime financière que de leur offrir un vaccin tellement nécessaire pour des personnes qui en ont beaucoup plus besoin qu’eux. Toute augmentation de cinq ans d’âge multiplie par deux le risque d’infection : une personne de trente ans par rapport à une personne de vingt-cinq ans, ou une personne de soixante-dix ans par rapport à une personne de soixante-cinq ans a deux fois plus de chances de mourir ; les personnes âgées ont un risque considérablement plus élevé de mourir en cas d’infection. C’est une donnée scientifique de base qu’il faut que les gens intègrent : si on ne vaccine pas prioritairement pas les gens qui sont à risque, avec une capacité de vaccin limités, on augmente in fine le nombre de morts et la nécessité de confiner plus longtemps pour résister notamment à ce variant anglais.

Le nationalisme vaccinal est-il une réponse adaptée ? 

Les pays qui sont capables de produire de façon massive un vaccin contre le virus et ses variants actuels ont un avantage sanitaire et économique considérable. Nous allons le voir dans les semaines à venir mais les Etats-Unis ont quasiment déjà la pandémie derrière eux, avec de surcroît un plan de relance économique considérable, alors qu’en France, nous allons vivre encore quelques semaines avec un confinement important qui va encore freiner notre croissance économique, avec des enjeux socio-économiques considérables. Le nationalisme vaccinal est évident, incontournable et je vois mal comment un pays producteur de vaccin pourrait accepter tranquillement de ne pas vacciner l’ensemble de sa population pour offrir ce vaccin à d’autres pays compte tenu de l’immense avantage sanitaire et économique que ce vaccin procure. L’Europe ici a été bien naïve de croire qu’elle pouvait compter sur un partage équitable des vaccins produits pour vacciner les personnes les plus vulnérables rapidement. Cela ne peut pas se produire étant donné l’incroyable avantage que peut engendrer un vaccin de masse pour très rapidement vacciner l’ensemble de sa population et réduire les nécessités de confiner. 

Cela toutefois est dramatique d’un point de vue général : vacciner un jeune anglais avant un vulnérable français ou allemand, c’est augmenter le nombre de morts globalement, et risquer par la propagation du virus de créer de nouveaux variants : c’est donc une catastrophe au niveau collectif. Le nationalisme vaccinal est une très mauvaise allocation des ressources mondiales au niveau de la planète ; il faudrait d’un point de vue général vacciner l’ensemble des populations à risque au lieu de vacciner des gens qui ont beaucoup moins de risque de mourir en cas d’infection. D’un point de vue économique et sanitaire, c’est une catastrophe mondiale, contre laquelle on ne peut malheureusement pas faire quoi que ce soit. 

 

Ce nationalisme vaccinal ne permettrait-il pas toutefois face à certains variants touchant une population plus jeune, de l’en protéger ?

Sur ce sujet précis, on ne dispose pas encore d’informations très précises, mais concernant le virus ‘historique’, le risque de décéder en cas d’infection est mille fois plus élevé chez une personne de plus de 65 ans par rapport à une personne de moins de 25 ans, donc si l’on décide de donner cent doses de vaccin à des personnes de moins de 25 ans, on divise par mille l’efficacité de la campagne vaccinale à son issue, en termes de morts qu’il y aura à compter. Peut-être les variants sont-ils différents en terme de distribution par âge des risques de décéder, mais ces informations apparaissent peu pour l’instant dans la littérature scientifique pour l’instant ; si on voit plus de personnes jeunes hospitalisées aujourd’hui c’est parce qu’en proportion les personnes âgées ont été vaccinées. Ce virus expose en particulier les personnes âgées et certaines personnes à comorbidité et ce sont ces personnes-là qu’il faut vacciner en priorité avant d’utiliser le vaccin pour d’autres tranches de la population. Les jeunes peuvent mourir, et certains vont mourir du coronavirus mais quand même dans une proportion d’un à mille par rapport aux personnes âgées.

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