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"Coupez" de Michel Hazanavicius : une comédie brillante et hilarante
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"Coupez" de Michel Hazanavicius : une comédie brillante et hilarante

Présenté hors compétition en ouverture du Festival de Cannes, ce récit de Michel Hazanavicius a tout pour faire pleurer de rire la Croisette…

Dominique  Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops

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THÈME

Nous sommes sur le tournage d’un film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre acteurs pas vraiment concernés, voire carrément mauvais et techniciens râleurs ou pire, blasés, ça panique pas mal sur le plateau. Comme le budget est ric rac, tout se fait de bric et de broc et « à l’arrache ». Seul le réalisateur, un cinéaste pourtant pas vraiment de premier plan, semble avoir l’énergie nécessaire pour donner vie et allure à sa série Z. Mais tout d’un coup, sans crier gare, sur ce plateau de bras cassés, vont surgir des zombies. Des vrais vrais? Ou des vrais faux ?  Hurlements, cavalcades, morsures, coups de hache…Balancée sur les interprètes par des tuyaux de caoutchouc plongés dans des bassines en plastique, l’hémoglobine va jaillir par litres ! Comme, sans doute, les larmes de rire des spectateurs.

POINTS FORTS

Il y avait longtemps que Michel Hazanavicius avait envie d’écrire et de réaliser un film sur le cinéma, ses comportements, ses pépins de tournages, ses fous-rires et ses, parfois incroyables, bidouilles. Et voilà que son producteur, Vincent Maraval, lui fait visionner le film d’un étudiant japonais dont il vient de faire l’acquisition. C’est une parodie d’un film de zombies. Le cinéaste en trouve l’idée tellement formidable et la structure tellement brillante qu’il décide d’en faire un remake.

Il va écrire son scénario selon le principe de la mise en abyme qui lui a déjà si souvent réussi, et avec l’idée qu’il en fera une comédie désopilante et aussi à tiroirs.  En même temps qu’il écrit, il revisionne les films des cinéastes qu’il admire, Dino Risi, Ettore Scola, Billy Wilder, Alfonso Cuarón (pour ses plans-séquences), Mel Brooks, les Marx Brothers, etc…Si on regarde bien Coupez !,on pourra d’ailleurs s’amuser à trouver les clins d’yeux-hommages qu’il leur a lancés.

Et puis, évidemment, pour « tourner » ce tournage abracadabrantesque réalisé par des « branques », il engage parmi la crème des comédiens français. Le sémillant et irrésistible Romain Duris sera son cinéaste, irascible, de seconde zone, mais tellement investi et de ce fait, tellement touchant. Bérénice Béjo, son épouse à la ville, la douce et pétillante sera la femme de son cinéaste, qui de maquilleuse, se verra propulsée au pied levé, actrice. Et l’inénarrable et si sensible Grégory Gadebois sera le cameraman débordé par les évènements malgré sa bonne volonté.

Pour les effets spéciaux, il fait appel au plus balèze des spécialistes en la matière, Jean-Christophe Spadaccini. Résultat : rien n’est numérique dans le film. Tout a été fait sur le plateau, à l’ancienne, avec de vieux trucs.

Quant aux dialogues, on peut faire confiance à l’auteur, entre autres, du délicieux OSS 117 ne répond plus. Ils sont truffés de formules appelées à devenir cultes.

QUELQUES RÉSERVES

Aucune, aucune, aucune…

ENCORE UN MOT...

Décidément Michel Hazanavicius surgit toujours là où on ne l’attend pas. Après s’être aventuré dans de nombreux genres avec un brio qui lui a valu des prix internationaux ( il a été « oscarisé » pour The Artist en 2011), le voilà qui revient sur les écrans avec une parodie hilarante de film de zombies à travers laquelle on peut lire une magnifique déclaration d’amour au cinéma, à ses acteurs, ses personnages, sa technique, ses trucages, ses maquillages, et ses musiques. Au centre de ce film à la fois barré et savant ( un plan séquence insensé d’une demie-heure), le portrait d’un réalisateur aussi loufoque qu’investi et aussi ambitieux que touchant. Une sorte de professeur Tournesol du cinéma, à la fois savant et dépassé. Est-ce lui-même, Michel Hazanavicius qui s’est mis en scène? Au fond, on s’en fiche, tant Coupez ! est brillant et désopilant. Un film de zombies qui fait pleurer de rire ? Ben oui !

UNE PHRASE

« Coupez ! est une bonne grosse comédie. Une comédie conçue pour faire rire, avec à l’intérieur plusieurs types très différents, à la fois des trucs complètement débiles et des choses plus sophistiquées…J’ai essayé de faire un film riche dans lequel le spectateur soit sollicité. J’essaie toujours de faire des films qu’on peut revoir et j’espère que Coupez ! en fait partie…En gros, je vous conseille de le voir, et même je vous recommande d’y retourner. Plusieurs fois si possible. Et avec des gens ». ( Michel Hazanavicius, réalisateur).

L'AUTEUR

A la fois réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur, Michel Hazanavicius, né le 29 mars 1967 est l’un des plus fins connaisseurs français de la « machine » cinéma.

C’est sur le petit écran qu’en 1988, il a commencé à faire ses gammes en travaillant comme scénariste de sketches pour Canal +. Il passe assez vite ensuite à la réalisation de spots publicitaires, mais c’est à seulement 30 ans qu’il s’attaque au cinéma, avec en 1997 la réalisation d’un court métrage, Échec au Capital, puis à celle d’un premier long, Mes Amis, une satire de la production télévisuelle française dans laquelle il dirige son frère Serge. L’échec de ce film lui vaut une quasi traversée de désert pendant laquelle il écrit pour d’autres et où il fonde une société de production. C’est en 2006 qu’arrive enfin la notoriété. Porté par Jean Dujardin, Le Caire, nid d’espions récolte plus de deux millions d’entrées. Réalisé dans la même veine, avec le même Jean Dujardin dans le rôle-titre, son OSS117 ne répond plus totalisera en 2009 le même nombre d’entrées.

En 2010, il tente un pari fou : tourner un film muet en noir et blanc. Sorti après un financement difficile, The Artist se solde par un triomphe. Il rafle de nombreuses récompenses dont notamment, aux Etats-Unis, l’Oscar du meilleur réalisateur, et en France le César de la même catégorie.

Le cinéaste tournera ensuite notamment, en 2014, The Search et en 2019, Le Redoutable, un portrait hilarant de Jean-Luc Godard.

A 55 ans le revoici sur la Croisette avec ce désopilant Coupez ! , hors compétition, mais en ouverture du Festival. La Croisette va s’amuser !

ET AUSSI

-J’ADORE CE QUE VOUS FAITES dePHILIPPE GUILLARD - Avec GÉRARD LANVIN, ARTUS, ANTOINE BERTRAND…

Alors que Gérard Lanvin s’apprête à tourner l’un des films les plus importants de sa carrière dans le Sud de la France, son chemin croise celui de Momo Zapatero, un type on ne peut plus serviable et gentil, mais aussi, hélas, pour Gérard, un de ses plus grands fans. Pour lui, un cauchemar commence : Momo va taper l’incruste…

Ayant noué une belle amitié avec Gérard Lanvin depuis Le fils à Jo (2010), le réalisateur Philippe Guillard souhaitait depuis longtemps lui écrire un scénario dans lequel l’acteur jouerait son propre rôle. Étant par ailleurs un grand amateur de films à tandem, le cinéaste a eu l’idée de concocter à son « poteau »  une comédie sur le registre du duo désaccordé, qui évidemment va devenir inséparable. A ma droite, sur l’affiche, Gérard Lanvin donc, l’une des plus belles gueules du cinéma français. A ma gauche, Artus, l’un des humoristes les plus talentueux de l’Hexagone. Leur terrain de jeu ? Un tournage de cinéma, avec ses cohortes de problèmes tous plus enquiquinants  les uns que les autres, et un réalisateur complètement décalé (Formidable Antoine Bertrand). Et c’est parti pour une nouvelle version du Boulet. Comme le scénario est futé et bien ficelé, les dialogues, percutants et désopilants, Gérard  Lanvin, comme d’habitude, magnifique de justesse, d’humanité et de sincérité, et Artus, d’une drôlerie inventive assez époustouflante, ce J’adore ce que vous faites se hisse au niveau des plus jolies comédies de cette fin de printemps. L’une des plus tendres aussi, ce qui ajoute encore à son charme. A voir en famille, par tous, y compris, bien sûr, les amoureux du cinéma. 

Recommandation : 4 coeurs

- MEMENTO MORIde JEAN HECHES - Avec PHILIPPE LARCHER, RUBY MINARD, SYLVAIN URBAN…

Depuis sa sortie de prison où il a passé 21 ans, Philippe fait la manche à la gare de Wagesberg. Sous surveillance judiciaire, avec interdiction de quitter son lieu de résidence - un logement social où il vit seul - sa liberté ne tient qu’à condition de son comportement irréprochable. Quand Anna, une jeune activiste en cavale va lui demander de l’héberger, son quotidien bien réglé va être chamboulé.  Des échos de son passé vont remonter…

C’est une drôle de rencontre qui a présidé à ce film. En 2019, Jean Heches travaille à la préparation d’un film de fiction. Au moment où son acteur principal lui fait faux bond, le cinéaste rencontre Philippe Larcher qui fait la manche à la gare et, de fil en aiguille, finit par lui raconter qu’il vient  de passer vingt ans en prison pour un triple homicide commis après une beuverie. La faconde de Philippe, son look de punk bougon mais sympathique, sa phobie sociale due à ses nombreuses années passées à l’isolement lui donnent l’idée d’écrire un film autour de lui. Il lui brode cette histoire de rencontre avec une fille, elle aussi vivant à la marge de la société.  Ce sera Memento Mori. Même s’il n’est pas parfait, ce film passionne et questionne. Il parle de choses essentielles comme la vulnérabilité de l’homme, sa capacité à se reconstruire et, au fond, son humanité. Étonnant et touchant.

Recommandation :  3 coeurs

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