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Des personnes se rassemblent près de yachts amarrés au port de Saint-Tropez, dans le sud de la France, le 5 juillet 2020.
Des personnes se rassemblent près de yachts amarrés au port de Saint-Tropez, dans le sud de la France, le 5 juillet 2020.
©VALERY HACHE / AFP

Atlantico Business

Les forces écologistes repartent en guerre contre les yachts de luxe de la Côte d’Azur avec une bonne chance de gagner. Et les vrais perdants seront...

De Nice à Marseille, en passant par Saint-Tropez, les associations de protection de l’environnement ont déclaré la guerre aux bateaux de plaisance pour les empêcher de jeter l’ancre sur le littoral. Du coup, les armateurs et les propriétaires de bateau ont commencé à déménager en Italie, en Grèce ou en Croatie.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Personne ne sait si le bateau appartenant à Bill Gates, qui est actuellement entretenu dans un chantier de la Ciotat, restera naviguer sur les côtes françaises pendant les mois d’été, comme les années précédentes. Son capitaine recherche un port dattache en dehors des eaux territoriales françaises, depuis qu'il a été informé que le yacht ne pourra pas mouiller sur le littoral. Même dilemme pour le bateau du milliardaire russe Roman Abramovitch qui est actuellement en travaux à la Ciotat et qui doit reprendre la mer à la fin du mois. Mais quelle mer ?

Ces bateaux sont de véritables monstres de luxe et de technologie. Ils nont couté pas moins de 500 millions de dollars en construction et aménagement, ils mesurent plus de 130 mètres et nécessitent entre 50 et 100 hommes d’équipage. Leur cout de fonctionnement et dentretien hors équipage, en ravitaillement, est estimé à 100 000 euros par jour, hors équipage à temps plein, souvent étranger, et amortissement.

En quelques années, la France, qui avait perdu la plupart des chantiers de construction maritime, à lexception des chantiers de St Nazaire, MSM, spécialisés dans la grande croisière, la France a regagné un marché connexe, celui de lentretien, de l'aménagement et de la fourniture de ces grands yachts.

La décision prise par les affaires maritimes porte sur les bateaux de plus de 24 mètres. La flotte mondiale de ces bateaux de grand luxe représente 12 000 unités. Aussi étonnant que ça puisse paraître, les entreprises françaises installées à la Ciotat, à La Seyne sur mer, à Antibes, Cannes ou Monaco qui gèrent l'hivernage, l'entretien et souvent lexploitation de la moitié de cette flotte, ont réussi à capter 50% de ce marché très particulier. Ce qui représente des milliards deuros en recettes fiscales et rentrées d'argent pour les économies locales et plus de 120 000 emplois qui sont des emplois qualifiés.

La circulaire qui vient tout chambouler est sortie à la fin de lannée 2020, la veille du 31 décembre  en plein Covid. Elle est passée inaperçue ou presque.

Dans la situation désastreuse et angoissée où était le pays, lopinion publique, la presse et la classe politique n'allaient pas se mobiliser et pleurer sur la menace qui pesait sur tous ces yachts de luxe. Leurs propriétaires eux-mêmes auraient voulu mobiliser les foules quils nauraient trouvé personne pour pleurer sur leur sort. 

Aujourdhui, tout change, l’économie sest réveillée, les commandes et les contrats dentretien ont été pour la plupart renouvelés et les gestionnaires de yachts espèrent bien que tout sera prêt en juin pour profiter dune saison qui sannonce historique.

Le problème, cest quils se rendent bien compte quun bateau de plaisance est très agréable en mer, mais il est encore plus appréciable dans une crique isolée ou devant une plage équipée de restaurants à la mode. Certains, et notamment les plus gros, ont donc déjà pris la décision de partir dans des contrées moins pointilleuses, lEspagne, lItalie, la Grèce, la Croatie. Tous ces pays se frottent les mains et sannoncent prêts à accueillir ces cash-machines flottantes.

Mais là où le problème se « corse »,  sans jeu de mots parce que la Corse aussi est visée, cest que les associations de protection de lenvironnement ont bien lintention dobtenir de ladministration quelles élargissent cet interdit aux bateaux plus petits, quils soient à moteur ou à voile, des bateaux entre 8 et 20 mètres qui ont eux aussi besoin de mouiller quand ils veulent sarrêter pour une nuit ou un bain... Du coup, cest lensemble de lindustrie de la plaisance qui se retrouve dans le collimateur.

En période électorale, à quelques semaines des élections régionales, les écologistes ont bien compris quils avaient là un levier dinfluence.

Parce que tant quils sattaquaient aux sapins de Noël à Bordeaux, au Tour de France, aux planeurs qui ne doivent pas faire rêver les enfants dans le ciel du Loiret ou au club de voile du lac de Vincennes, ils déclenchaient les sarcasmes de tout le monde et frôlaient le ridicule en dévoilant leur vraie nature dayatollah de la croissance et du progrès.... Mais en sattaquant à la plaisance, ils fustigent les riches en sattaquant à un vrai problème : celui de la pollution. Tout en prenant le risque dhypothéquer une industrie en plein rebond daprès Covid où la France cartonne.

Ils trouvent donc des soutiens dans la population qui ignore le plus souvent le véritable enjeu. Parce que lenjeu est économique et social.

Renaud Muselier, qui joue une partie difficile lors des prochaines régionales, ne pouvait pas laisser ces courants écolo contrôler le discours public et surtout le débat politique. Il vient donc de réagir en soutien des industriels qui sortent à peine de la crise du Covid et en soutien à lemploi qui a été protégé pendant les confinements grâce à largent public de lassurance chômage partiel. 

« Nous avons développé une industrie de la plaisance unique au monde, la région Paca la beaucoup soutenue pendant le confinement, je comprends la colère des milliers dartisans et de petites entreprises qui vivent sur le marché en pleine expansion. Il va donc être de lintérêt de tout le monde de trouver des solutions alternatives aux mouillages actuels, qui peuvent cest vrai, détruire une partie de la flotte sous-marine et trouver des codes de bonne conduite en mer pour la tranquillité de tous. »

 Mais en attendant, il faut les laisser reprendre leur souffle. Ils sortent à peine la tête hors du Covid.

Les solutions techniques non dégradantes et non polluantes pour lenvironnement existent. Quant au comportement des plaisanciers, cest une question de responsabilité individuelle.

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